Compte-rendu de Spéléo Secours (27 Septembre 2014)

Collectif

16/03/2015

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1. Introduction

Cet article regroupe plusieurs compte-rendus écrits par différente personnes impliquées dans ce secours spéléo, dont des sauveteurs.

La déclaration d’auto-secours déposée sur le site du SSF par Stanislas Francfort, est suivie des comptes-rendus de Arnaud Garland, Christophe Depin, Jean-Baptiste Massuelles. La page est complétée par le récit de Nikos (en anglais), une des personnes secourues.

2. Déclaration simplifiée d’auto-secours telle que déposée sur le site du SSF (Stanislas Francfort)

Cavité : Honos de Sitanos

Date de l’auto-secours : 27/09/2014

Lieu : cavité Honos de Sitanos, commune de Sitanos, en Crète (Grèce)

Description incident/accident : Une équipe de 3 spéléos grecs sont en train de travailler à une désobstruction dans une cavité lorsqu’une pluie torrentielle se met à tomber sans discontinuer.

Rapidement, des torrents se forment dans les vallons et se déversent dans l’entrée de la cavité. La situation est dramatique car les spéléos grecs, ne connaissent pas l’évolution de la météo et travaillent dans une partie basse et rétrécie de la cavité risquant fortement de s’ennoyer.

Lors de nos explorations à cet endroit, nous avons repéré des traces de crues violentes jusqu’aux plafonds. En amont de leur lieu de travail, un autre fort rétrécissement qui peut s’ennoyer rapidement les sépare d’une zone hors-crue. En aval, un siphon. Cette partie de la cavité est un traquenard.

Déroulement de l’auto-secours : Voyant l’évolution de la météo et sachant les 3 grecs dans cette partie piège de la cavité, les spéléos du FFS, présents à proximité, agissent vite : une équipe de 2 spéléos foncent les évacuer du piège pour les ramener vers une zone hors-crue. Le but est d’y parvenir avant l’arrivée de la vague de crue.

Pendant ce temps, les 5 restés en surface, aidés par un grec, organisent la suite : distribution des rôles, préparation d’une deuxième équipe d’intervention, contacts pris pour obtenir de l’aide de spéléos crétois, au cas où. Pendant ce temps, les fonds de vallées se gonflent d’eau qui va se déverser dans l’entrée de la cavité. 3h heures plus tard, les 3 grecs et les 2 français ne sont toujours pas sortis, l’alerte est donc données.

Une deuxième équipe, emportant un équipement minimal (cordes, trousse à spits, couvertures de survie, cagoules, eau, nourriture, lumière) part dans le but de localiser les 5 spéléos. L’entrée de la grotte, habituellement sèche est rincée par des trombes d’eau. Cette équipe se trouve bloquée par un siphon qui vient de se former, le contact est donc rompu avec les 5 spéléos.

Alors que nous organisons de quoi passer le siphon (désobstruction, plongée), le contact sonore est effectué. Les 5 spéléos sont sains et saufs, mais bloqués par le siphon. Pendant ce temps, les 2 sauveteurs envoyés en pointe ont forcé les grecs à remonter en vitesse, en abandonnant le matériel, bien que ceux-ci aient eu du mal à comprendre la gravité de la situation. Ils parviennent à les faire remonter en vitesse, et quand la vague de crue arrive, il sont déjà bien hauts, avec des espaces hors-crue pour s’abriter et installer un point chaud avec un matériel de fortune.

L’équipe de sauveteurs commence alors une désobstruction dans une trémie comblée de remplissage sable+galets, et après de longs moments nous parvenons à établir un contact visuel, puis glisser aux spéléos bloqués nourriture, eau, lumière, chaleur.

Dans un deuxième temps, l’un des sauveteurs parvient à rejoindre les victimes en apnée, puis une désobstruction post-siphon parvient à faire baisser le niveau d’eau. Une fois le siphon suffisamment désamorcé, il est décidé de tenter le passage. Tout le monde est là pour accueillir les victimes, les prendre ne charge.

Nous nous retrouvons le soir autour d’un bon plat de lentilles.

Nombre de sauveteurs : 8 sauveteurs, dont 7 membres FFS et un grec impliqués. Dont la quasi-totalité des français formés aux différents postes de spéléo secours du SSF (ASV, CPT, Transmissions, Recherche), plusieurs sont membres SSF.

Les villageois ont fourni de l’aide matérielle pour la désobstruction (pioches, barres à mines).

Les pompiers arrivent après la fin de l’incident.

Remarques diverses : Les “techniques” utilisées :

  • évacuation express avant l’arrivée de la vague de crue
  • contact sonore à travers une trémie avec les victimes
  • apport rapide de chaleur (couvertures de survie, cagoules), nourriture et eau
  • point chaud
  • prise en charge des victimes choquées (froid, eau, peur)

3. Page du 27 Septembre, extrait du compte-rendu de Arnaud Garland

27/09/2014

La zone de prospection est proche du village, mais nécessite quand même un véhicule pour y accéder.

Réveillés par une pluie battante, nous déjeunons. Le temps redevient beau, mais nous préférons attendre pour voir la tournure des évènements afin d’organiser au mieux notre journée. Une équipe grecque part néanmoins, contre l’avis du groupe, dans Chonos de Sitanos.

Le temps semble rester au beau fixe. Nous décidons d’aller pointer au GPS une entrée découverte la veille par Stan et Juan. Après une courte balade, nous redécouvrons l’entrée. Après un examen minutieux de celle-ci, nous découvrons un spit récent. La cavité est donc connue et explorée. Avec les coordonnées, il s’avèrera qu’il s’agit du Gouffre de l’Espoir.

Au loin, des nuages noirs s’approchent rapidement. Nous rejoignons les voitures aux premières gouttes.

Le temps de revenir au gîte, la pluie redouble d’intensité et c’est maintenant un déluge.

Nous regardons la pluie battante et constatons que le petit ruisseau qui longe le gîte commence à se mettre en charge.

Une première équipe commence à rassembler ses affaires puis part à la rencontre de l’équipe grecque qui n’est toujours pas rentrée.

Nous communiquons par SMS avec cette première équipe. (extrait des communications en gras)

13:09 “Nikon, Maria et Katerina sont dans le trou”

Devant le risque de crue, il nous faut les prévenir du danger. L’équipe de surface partie en éclaireur décide alors de se scinder en deux.

13:09 Jean-luc et Christophe sont rentrés dans l’entrée principale

Deux plongeurs partent en pointe à la rencontre des Grecs afin de les alerter de l’imminence d’une crue. Une équipe reste à l’entrée de la cavité.

13:14 Il y a un torrent qui coule dans le vallon. Préparez-vous à lancer un secours.

Au gîte nous commençons à préparer des kits de cordes, de la nourriture, des boissons chaudes, et divers éléments de survie.

13:14 On n’est pas complètement sûr que les trois grecs sont dans l’entrée principale (donc exposés à la crue) ou le shunt (donc a l’abri)

Une équipe de deux personnes part les rejoindre avec tout ce matériel. La pré-alerte est lancée.

13:15 Numéro de Grigoris au cas où

13:16 Tu as le numéro de Chryssa ?

13:19 J’appelle pour lui dire

Nous commençons à préparer la nourriture en prévision d’un éventuel secours et du ravitaillement des équipes.

13:31 si à 16h Jean-luc et Christophe ne sont pas revenus, on déclenche le secours

13:33 Restez plutôt au camp pour l’instant. au cas ou il y aurait besoin de matos.

13:57 Tu peux préparer doucement deux kits. trousse à spitter avec 10 cônes spits. 10 plaquettes mouskifs. 10 dynemas. Tous les petits bouts de corde que tu as. Barres céréales. couvertures de survie

14:16 Hélène et Donald arrivent avec matos et téléphone et bouffe et café

Départ d’Hélène et Donald. Il ne reste plus maintenant que deux personnes au gîte.

14:17 Chryssa et Grigorios sont au courant. On est en contact avec eux.

15:02 Nous sommes avec Stan. Donald

15:44 Stan part avec Iannis car Jean-luc n’est pas revenu dans les temps. Donald part avec un Crétois qui pourrait connaître l’entrée du shunt T.

L’alerte est lancée pour une seconde équipe opérationnelle dans 4h.

L’équipe de pointe n’est pas rentrée dans les temps impartis. L’alerte est donnée, une équipe complémentaire de spéléos crétois est mobilisée et devrait arriver dans les 4 heures qui suivent.

De notre côté, nous préparons un énorme plat de saucisses lentilles.

16:16 Un embâcle s’est formé à quelques dizaine de mètres de l’entrée. cela siphonne. Le village va nous amener une barre à mine. venez avec les néoprènes.

Nouvel appel, il faut venir avec des outils de désobstruction. Nous arrêtons les tâches en cours et partons. Entre temps, les villageois alertés, arrivent avec des pelles et des râteaux. Sur place nous nous équipons et rejoignons les équipes à l’entrée de la cavité.

16:30 5 sains et saufs s’entendent. Pelles pioches barres et bras pour creuser.

Bonne nouvelle, une jonction à la voix a été effectuée. L’équipe de pointe a retrouvé les Grecs mais sont maintenant bloqués par une voûte siphonnante. Une désobstruction est tentée par le haut mais butte sur un gros bloc. Pendant ce temps, la pluie a cessé et l’eau commence à descendre. Une désobstruction, commencée en post-siphon, accélère la décrue. Nous surveillons, non sans inquiétude le ciel toujours menaçant.

Bientôt, Stan, l’un des plongeurs, arrive à passer la voûte mouillante et rejoint l’équipe bloquée. Une fois l’eau descendue à environ 15cm de la voûte grâce à l’action de désobstruction, il est décidé de tenter le passage. Les uns après les autres, les infortunés passent cette voûte. Posté dans une eau trouble, je les réceptionne en les guidant vers la sortie.

Tout le monde sort. Les plongeurs en dernier non sans avoir retiré le point chaud qu’ils avaient monté dans l’éventualité d’une attente plus longue. Enfin, tout se termine bien. Pour une première journée en Crète, elle fut bien remplie. Vivement la suite…

4. Notes de Xis (Christophe Depin)

Samedi 27 Jour de pluie :(

Préparation des kits post siphon pour Anos Peristera.

Avec JL nous descendons à Sitia pour récupérer les blocs chez No Limit. 120€ pour 6 blocs !

Puis faire quelques courses de bricolage (siphon, ampoule, fer à souder, etc.)

Retour vers 12h.

Suite aux éclaircies qui leurs ont semblées durables, Nikos, Katerina et Maria sont partis faire péter les 3 étroitures à Rhonos Citanos en vue des portages plongée pour les prochaines pointes.

Il a plu cette nuit, il y a eu des orages tôt ce matin et là la pluie se met à tomber avec violence. jL est inquiet et après une demi heure nous décidons d’aller les prévenir pour les sortir.

13h00 entrée au trou, il n’y a pas d’eau qui coule dans l’entrée.

Le répis sera court mais nous décidons de tenter le coup avec JL tandis que JB et Ioannis assurent en surface avec comme consigne de déclencher un secours si nous ne sommes pas de retour à 16h00.

13h20 jonction avec l’équipe. Nous leur expliquons les phénomènes météo mais ils ne semblent pas comprendre la gravité de la situation.

Nous commençons la remontée. Nous abandonnons les kits avec le matériel de désob en bas dus puits pour accélérer le pas. Arrivée au dessus des puits arrosés, je perçois le bruit de l’eau qui finit par arriver 30 sec après. A l’arrivée de la vague de crue, nous sommes en haut du ressaut suivi d’un toboggan. Nous tentons de leur faire accélérer le pas mais les grecs sont tétanisés par la vue de l’eau tumultueuse. Le cerveau a lâché prise. Nous les poussons, les tirons pour les faire avancer, seul Nicos a encore l’esprit de suivre la cadence.

Après avoir franchie la dernière cascade nous apercevons que la VM d’entrée est remplie et siphonante. Bon nous savons que nous sommes seulement à 30 m de l’entrée et que nous avons des abris hors d’eau dans des salles adjacentes.

Nous voyons le niveau baissé presque à vue d’oeil. C’est bon signe, l’orage a du cessé, mais pour combien de temps ?

Nous faisons un marquage de niveau et nous partons nous mettre à l’abris dans la salle. Nous attaquons la réalisation d’un point chaud avec les couvertures et les cordes que nous avons.

15h45 point chaud ok.

Avec JL nous nous relayons pour aller voir le niveau d’eau régulièrement.

Il baisse puis se met à stagner. En fait nous avons atteint le bord du niveau de la vasque. Il va falloir attendre que le débit stoppe pour vider la vasque en écopant. En parallèle JL fouille les éboulis à coté du point chaud pour voir s’il n’y aurait pas moyen de désober un passage.

A 16h15 contact verbal avec Stan à travers les éboulis.

Ils entament la désob de leur coté.

Nous retournons voir les niveaux avec Jl et nous nous apercevons que la vasque commence à se vider par un sous écoulement. Nous creusons dans ce sous écoulement pour en augmenter le débit. A main nue dans les déchets de la ville, c’est sale mais efficace. Le niveau baisse jusqu’à désamorcer la voute.

Stan réussi alors à nous rejoindre en apnée. Il amène des pelles.

Nous creusons de plus belles.

Nous avons désormais,10 à 15 cm d’air. L’évacuation peut commencer. Maria commence, Arnaud est de l’autre coté et nous tend la main pour nous réceptionner. Katerina suit, puis Nikos, JL, Xis. Stan ferme la marche. Whaoo ouf nous sommes sortis. Il est 19h00.

Entre temps Chryssa et Gregoris ont été prévenu vers 14h15. A 15h30 l’alerte a été donné pour qu’une 2ème équipe opérationnelle rejoigne les lieux dans 4h00.

19h30 nous sommes au gite.

5. Carnet de Juan (Jean-Baptiste Massuelles)

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6. Le point de vue de Nikos

Incident in “Honos Sitanos” cave

When Jean Luc met us inside the cave and told us to leave everything and start running , I thought that something bad is happening. I haven’t seen him like that before, and if he said that we had to leave immidiately, I am sure he had a good reason for it. Nothing has changed inside the cave until we ascended the last short pit towards the exit, but then I heard Christophe, who was in front of me, saying “Jean Luc j’ecoute de l’eau”.

Although I know very few words in french I understood what that meant. First it was a little stream of water and after a few moments I saw that large mass of water coming towards me. At that point I panicked, but I next second I said to myself “Shut up and start running, you can panic later”. I haven’t experienced a similar situation before, so it was a big shock for me, being inside a phenomenon like that. There wasn’t time to think, but only running as fast as we could and being very careful not to slip and fall.

My main worry was about the two horizontal parts in the cave, where it was possible the water could make a siphon. When we passed the first, I was very relieved, but when I saw the others stopped at the beginning of the other horizontal part, I was very disappointed. After a while, we noticed that the water level was slowly going down, so we had to wait. The good thing was that we were very close to a dry place outside the water flow, so we went there and before I had time to think Jean Luc and Christophe had already made a tent for all of us with the aluminum blankets. There I had a little time to think and talk with the others.

I realized that from the beginning Jean Luc and Christophe were doing things so fast and effectively like they have practiced them before. In the time I needed to think of what to do, they were always three steps ahead. I also realized that if they hadn’t come to tell us about the rain, the water would reach us at the narrow parts and things would be very very bad for us. I felt bad because I wanted to do something and help but Jean Luc and Christophe did everything by themselves and didn’t need much help.

When we had communication with the other cavers from the surface and brought us some food and hoods, we were totally relieved and from that point it was a matter of time to get out.

I feel terribly bad about the whole incident. It was my decision to go in the cave that day, because I judged wrong about the weather. I thought of all the people that have worried, worked and especially Jean Luc and Christophe who risked a lot going in the cave with such weather conditions, just to warn and help us. All this could have been avoided if I had made the right decision. I don’t know if it right or wrong to feel that way, I just feel that way.

All the people who helped that day have my total respect and gratitude.